“Un jour, en montagne, un brusque orage m'avait surpris. Une pluie violente avait en un instant transformé le relief et le paysage. Alors que l'eau coulait de toutes parts, je vis qu'elle entraînait avec elle du gravier, du sable et de la terre. Ce n'était plus de l'eau claire et transparente. Elle s'était chargée, enrichie et mélangée avec un peu de montagne. J'ai alors pensé que l'émail, dont la composition est pesée avec des soins méticuleux, se mélange pendant la cuisson avec la pâte de la céramique de même que l'eau de la pluie se mélange avec la terre de la montagne. Après le feu, la pâte contient de l'émail et l'émail contient de la pâte. C'est de cet échange que naît le plaisir visuel que l'on peut éprouver et sentir à la vue d'une céramique de grand feu."
Tout le contraire de son frère Alain, à la recherche de la couverte subtile, de la forme essentielle, de la nuance et du touché.
Pour parler de Jean Girel, il faut employer les mots « regard » et « sagesse ». C’est en observateur qu’il aborde le travail de la terre en admiration devant l’Art chinois et principalement la céramique Song.
Jean Girel considère que l’homme ne doit pas s’imposer mais doit écouter la terre, la lire aussi. L’homme est un maillon mais pas l’essentiel, il est plutôt le perturbateur et c’est dans une démarche presque philosophique qu’il va à la rencontre « des sages du soleil levant », sur les traces des potiers Song.
Il y puise la détermination et la simplicité, la rigueur aussi. Jean Girel ne fait que figer par le feu un regard sur notre environnement.
Les grands maîtres comme Dalpayrat, Decoeur, contribuent à alimenter son besoin de recherche, sa subtile alchimie qu’il compose sans relâche avec le feu.

Porcelaine dure - 1986 - 21 cm - Collect. Musée Nationale Céramique de Sèvres

Porcelaine dure - 1986 - 21 cm - collect. Musée National Céramique de Sèvres