Dans la forêt de « La borne »,
près d’Henrichemont, vivait un magicien poète.
Au printemps quand les oiseaux se mettaient à chanter,
Pierre VILAIN,
les entendait de sa cabane qui lui servait de maison,
il les entendait et il les piégeait dans sa tête.
Puis il utilisait ses mains de bûcheront,
de fendeur de bois pour les faire resurgir dans la terre grisâtre et molle, l’argile de son village.
Un magicien Pierre,
oui,
car ses oiseaux nous enchantent encore,
lui l’homme des bois,
lui le poète de la forêt où il aime s’isoler.
Avec ses mots à lui,
avec son langage empli de toute la symbolique populaire,
ses bougeoirs,
ses corbeilles sortent une à une du petit coin que lui laisse Alain GIREL dans son propre atelier.
Assis à une petite table,
la tête dans les épaules,
il ébauche avec rigueur ces figures/oiseaux à la Douanier Rousseau,
dans cette matière,
le grès,
que la flamme caresse et figera à plus de 1300°,
sous un épais émail au sel.
Pierre VILAIN porte en lui la mémoire collective des anciens potiers,
les TALBOT,
les FOUCHER,
les BERNON,
et les autres,
avec cette rigueur du travail,
ce respect pour cette profession,
ces cuissons collectives.
Sa sensibilité est à mi-chemin entre l’Art naïf et l’Art brut.
Il garde en lui les traces des soirées qui se prolongent,
et des verres qui se succèdent,
les uns derrière les autres,
et l’ivresse,
et ses instants dont il ne reste rien,
qu’un goût âpre,
désagréable dans la bouche et un mal de crâne difficile à dissimuler.
Pourtant il y revient comme si ces instants rythmaient à la fois sa vie de bûcheron et sa vie de potier,
comme si sa vie sociale se trouvait là assis au bar du patelin.
Pierre VILAIN avec l’écriture de l’enfance,
est un marginal,
un marginal idéaliste et romantique, on sent en lui un besoin fort de reconstruire son « monde idéal »,
où ses mots,
ses vers sont malaxés dans l’argile,
où la poésie est un hymne à la beauté et à l’amour.
Cette force intérieure,
il a su nous la communiquer,
il a su nous faire regarder ces oiseaux posés au milieu de leur corbeille de verdure, il a su nous faire tourner autour,
pour que ces oiseaux se mettent de nouveau à chanter,
pour que le manège s’anime,
virevolte comme par magie.
Ces oiseaux sont sincérité et emplis de cette « force presque tranquille » qui marque toute son œuvre.
Il n’y a pas de mensonge dans l’œuvre de Pierre VILAIN,
il n’y a qu’un message de l’homme de la forêt,
un homme fait de simplicité et d’humilité,
le magicien poète de « La Borne »,
dont la vie s’est achevée,
mortellement blessé sur la route,
prés de sa forêt !!!