Quand Pierre MESTRE pénétra dans le jardin d’Eva,
préleva une boule d’argile blanchâtre,
sans mot dire la jeta dans la braise de la cheminée,
sans mot dire encore s’installa sur une chaise et fixa la matière,
sa transformation par la chaleur,
par la flamme,
comme si le temps s’était arrêté,
comme si personne d’autre n’existait autours de lui,
comme si un seul regard suffisait pour expliquer ce qui se passait dans sa tête.
Eva vécue cette scène,
comme hypnotisée,
juste débarquée de sa hollande natale,
où elle enseignait le dessin à l’Académie des Arts Appliqués d’Amsterdam.
Elle est tombée par hasard,
dans ce monde de la terre,
elle a accepté les règles,
ces exigences,
de cette matière molle et capricieuse,
avec l’appui des plus grands !!!
Aborder le travail d’Eva, c’est aborder sa maison et son jardin.
A « La Brossarderie »,
il y a une sérénité, comme un bonheur partagé entre un jardin qui semble entrer dans la maison et cette maison qui s’ouvre sur le jardin.
Au milieu des rosiers anciens,
des fruitiers vigoureux, du chèvrefeuille enivrant,
des ancolies et des asters que délimitent de petites bordures de buis taillés, elle vit Eva,
s’imprègne comme au temps des druides de la terre mère,
des cailloux,
de l’eau des sources abondantes dans ce Pays fort - Sancerrois,
s’imprègne de l’esprit de la forêt toute proche et du conteur indien Chautauga, pour en sortir toute la mémoire,
la connaissance et la sagesse.
Eva dessine la terre avec force et énergie,
elle incise,
scarifie presque,
entaille,
creuse souvent la motte pour faire jaillir cette force qui vient de l’intérieur,
la libérer.
Elle aime s’abandonner en écoutant son jardin,
une tasse de thé à la main, préparé dans la théière fêlée de son amie Elisabeth JOULIA.
Eva ensuite laisse parler le feu, figent ces personnages en mouvement,
inspirés du théâtre et notamment de Monteverdi et de Pergolèse.
Eva aime conserver ses pièces,
aime leurs présences et s'en inspire pour toujours les retravailler,
elle aime les redessiner, parfois… longtemps après.
Ces œuvres font parties d’elle et elle refuse souvent la déchirure,
la séparation,
la perte d’un des siens.
Le banc,
la fenêtre,
et le mur qui s’étire vers le ciel,
sont autant de prétextes à la conversation,
aux galanteries chères aux faïenciers et peintres flamands du XVIIème,
autant de secrets partagés,
figés dans la matière brut,
dans le mélange des terres de grès et de porcelaine, comme dans ces corps enlacés de terre ou de mine de plomb.
Elle aime aussi y projetter le sable de rivière,
le quartz broyé qui fera corps avec la matière humide.
IVANOFF ne s’était pas trompé,
il avait trouvé en Eva un disciple de sa stature.